Enquêtes internes post‑JO 2024 : les entreprises face au retour de flamme
Après l'euphorie des JO 2024, beaucoup d'entreprises franciliennes découvrent l'addition cachée : heures supplémentaires litigieuses, détournements discrets, conflits d'intérêts. Faut‑il lancer une enquête interne, missionner un détective privé, ou laisser tout cela sous le tapis en espérant que personne ne parlera ?
Le vrai bilan des JO 2024 pour les entreprises : une zone grise sociale et financière
On a beaucoup parlé de sécurité publique, très peu de sûreté économique des entreprises pendant les Jeux olympiques. Pourtant, le cocktail était explosif : contrats signés dans l'urgence, sous‑traitants en cascade, intérimaires recrutés à la dernière minute, procédures RH assouplies "pour ne pas bloquer les opérations".
À l'automne 2024, les premiers signaux sont tombés : stocks introuvables, démarque inconnue anormalement élevée, notes de frais délirantes, arrêts maladie suspects juste après les pics d'activité. En 2025, plusieurs contentieux ont commencé à remonter devant les prud'hommes et les juridictions pénales, avec toujours le même reproche adressé aux directions : enquêtes internes bricolées, biaisées, invérifiables.
Vous avez peut‑être vous‑même un doute persistant sur un chantier JO, un prestataire trop silencieux, un manager qui semble terrorisé à l'idée qu'on fouille les dossiers. Ce malaise n'est pas anodin : il signale souvent une réalité que les audits classiques n'ont pas voulu voir.
Pourquoi vos audits post‑JO ne voient (presque) rien
Le mythe confortable du "tout est dans les chiffres"
Les directions financières ont tendance à brandir les tableaux Excel comme un bouclier. Quand l'audit ne relève pas d'anomalie "flagrante", on conclut que tout va bien. C'est rassurant, mais souvent faux.
Les fraudes et détournements liés à des événements exceptionnels s'empilent rarement dans une seule ligne comptable ; ils se diluent. Une commande légèrement surévaluée ici, un forfait de déplacement exagéré là, quelques heures supplémentaires non déclarées mais compensées en nature. Individuellement, c'est "trop petit" pour déclencher une alerte. Collectivement, c'est un système.
Or, un audit interne classique ne va pas interroger les non‑dits, les rivalités, les arrangements tacites entre un directeur de projet et son prestataire historique. Il se contente de vérifier la conformité apparente des pièces.
Des rapports qui oublient le terrain et les gens
Les JO ont accéléré un phénomène déjà ancien : la distance entre la feuille de route officielle et ce qui se passe réellement sur le terrain. Un rapport d'audit qui ne parle ni de climat social, ni de culture de l'impunité, ni de pressions hiérarchiques... est un rapport incomplet.
C'est précisément là que l'enquête privée, articulée à l'intelligence économique, change la donne : elle croise documents, signaux faibles humains, observations discrètes, historique des décisions. Elle accepte l'inconfort du réel.
Enquêtes internes : ce que la jurisprudence tolère... et ce qu'elle sanctionne
Caméras cachées, mouchards, faux profils : l'arsenal des mauvaises idées
Depuis plusieurs années, la CNIL comme la Cour de cassation répètent la même chose : la fin ne justifie pas les moyens. Une preuve obtenue par un stratagème disproportionné ou illicite peut être écartée et se retourner contre l'employeur.
Les JO ont été un festival de "mauvaises idées" : vidéosurveillances détournées de leur finalité, enquêtes secrètes menées par des sociétés non agréées, espionnage sauvage des messageries professionnelles. Sur le moment, tout le monde se félicite de "faire le ménage". Trois ans plus tard, au contentieux, le réveil est rude.
La même erreur se reproduit aujourd'hui, dans les enquêtes post‑JO : on veut aller vite, on contourne le droit. C'est précisément ce qu'un cabinet de détective privé agréé CNAPS est censé éviter.
Ce que le juge attend d'une enquête sérieuse
Au fond, le juge n'attend pas des miracles technologiques ; il attend de la cohérence et de la loyauté. Une enquête sera regardée favorablement si :
- le recours à un enquêteur privé est justifié par un intérêt légitime (soupçon sérieux de fraude, de détournement, de manquement grave) ;
- les moyens utilisés sont adaptés, proportionnés, encadrés contractuellement ;
- les salariés concernés ont été, en amont, informés des dispositifs de contrôle possibles (notes internes, politique informatique, règlement intérieur) ;
- le rapport d'enquête est factuel, circonscrit, sans interprétation psychologique gratuite.
Tout cela suppose une préparation que beaucoup d'entreprises n'ont tout simplement pas. C'est là que le travail d'architecture de la preuve prend tout son sens.
Post‑JO : comment cadrer une enquête sans transformer l'entreprise en bunker
1. Partir d'une hypothèse claire, pas d'une chasse aux sorcières
Dans les dossiers que nous voyons passer en Île‑de‑France, le point de départ est souvent flou : "On sent qu'il y a eu des abus pendant les JO". Ce "on sent" ne suffit pas. Il faut une hypothèse précise :
- un chantier facturé mais jamais pleinement exécuté ;
- un prestataire surpayé au regard du cahier des charges ;
- un responsable de site suspecté d'avoir touché des avantages en nature ;
- des stocks qui ne collent pas avec les volumes réellement consommés.
À partir de là, une stratégie d'enquête se construit. Sans cela, vous exposez votre organisation à des accusations de harcèlement, voire de discrimination ciblée, si une équipe ou un service est injustement mis sous surveillance.
2. Distinguer ce qui relève de la conformité interne et ce qui nécessite un enquêteur externe
Tout ne justifie pas d'appeler immédiatement un détective privé. Une partie du travail peut - et doit - être faite en interne : analyse des écarts, revue documentaire, entretiens contradictoires. Mais dès qu'il y a :
- risque de conflit d'intérêts majeur ;
- enjeu contentieux sérieux (prud'hommes, pénal, litige commercial) ;
- nécessité d'investigations de terrain discrètes (filatures, vérification d'activité parallèle, constat de chantiers),
l'intervention d'un cabinet agréé devient rationnelle. C'est ce que nous détaillons sur la page Services aux entreprises : la frontière entre audit, contrôle interne et véritable enquête privée n'est pas théorique, elle est juridique.
3. Encadrer la mission noir sur blanc
Une enquête fluide commence par un contrat précis. Il doit définir :
- l'objet de la mission (et ce qui n'en fait pas partie) ;
- le périmètre des personnes et sites concernés ;
- les moyens d'investigation autorisés ou exclus ;
- les canaux de restitution (notes intermédiaires, rapport final, échanges avec l'avocat).
Cette étape, trop souvent bâclée, est pourtant vitale. Elle protège la direction, l'enquêteur et les salariés, et conditionne la recevabilité éventuelle du rapport en justice. Les articles de notre page Tarifs illustrent d'ailleurs pourquoi un devis sérieux doit intégrer ces paramètres, pas seulement un nombre d'heures au hasard.
Étude de cas : un chantier événementiel qui sentait le brûlé
Imaginons une PME francilienne de logistique événementielle ayant participé à plusieurs dispositifs JO : montage de structures temporaires, stockage de matériel, transport sous délais contraints. À la fin de l'année 2024, la direction constate un trou de plusieurs centaines de milliers d'euros entre ce qui a été facturé aux donneurs d'ordres et la marge réelle.
Les premiers audits internes incriminent vaguement "l'inflation des coûts". Sauf qu'un cadre financier insiste : certains sites ont consommé beaucoup plus de matériel que prévu, alors que les rapports d'exploitation sont laconiques. Une rumeur circule : un responsable aurait détourné des palettes de matériel vers une société concurrente, quasi fantôme.
Une enquête privée bien cadrée va alors :
- cartographier les flux physiques réels pendant la période des JO (transports, entrepôts, chantiers) ;
- analyser les liens entre certains salariés et une structure concurrente récemment immatriculée ;
- documenter, par des surveillances ciblées, la réalité d'une activité parallèle sur le temps de travail ;
- constituer un faisceau de preuves compatible avec une action en concurrence déloyale et, si nécessaire, une plainte pénale.
La direction peut alors arbitrer : transaction encadrée avec les protagonistes, action contentieuse, ou restructuration silencieuse si l'enjeu économique reste limité. Mais elle ne décide plus "à l'aveugle".
Ne pas rater le dernier train : sécuriser la preuve avant qu'elle s'évapore
Plus on s'éloigne de 2024, plus les traces se diluent : prestataires qui changent de structure, salariés qui partent, données qui sont purgées pour respecter le RGPD, souvenirs qui se déforment. En pratique, la fenêtre utile pour une enquête sérieuse se compte en mois, pas en décennies.
C'est là que la tentation du renoncement pointe le bout du nez : "À quoi bon ?" Sauf qu'en laissant passer des irrégularités non traitées, vous créez une culture implicite d'impunité. Ceux qui ont profité de la période JO se diront qu'ils peuvent recommencer, ailleurs, autrement.
Professionnaliser votre réaction, même tardive, envoie un message clair : l'entreprise n'est pas un buffet ouvert lors des grands événements. C'est à cette culture‑là que nous travaillons quand nous accompagnons des directions générales ou juridiques à Paris, en petite couronne, ou plus largement sur tout le territoire via notre réseau national.
Et maintenant, que faire concrètement ?
Si vous avez un doute récurrent sur un pan de vos activités JO 2024, commencez par le formaliser par écrit : quels sites, quelles périodes, quels acteurs, quels montants en jeu ? Puis confrontez ce diagnostic, idéalement avec votre avocat et un professionnel de l'investigation économique. Vous verrez vite si une enquête privée ciblée a du sens, ou s'il faut, au contraire, refermer le dossier.
Dans tous les cas, tirer les leçons de cette période exceptionnelle est une obligation de gouvernance. Revoir vos procédures de due diligence de terrain, vos clauses contractuelles, vos protocoles d'enquête interne, ce n'est pas du luxe : c'est le prix d'une entreprise qui tient debout quand la prochaine vague arrive.
Si vous souhaitez confronter vos doutes à un regard extérieur habitué à l'ombre des contentieux, vous pouvez nous présenter votre situation via la page Services aux entreprises. C'est souvent dans ce premier échange que l'on mesure si une enquête vaut la peine d'être menée, ou si la sagesse consiste, parfois, à renoncer.
Pour aller plus loin sur le cadre légal des dispositifs de surveillance et de contrôle, vous pouvez utilement consulter le dossier thématique de la CNIL sur le monde du travail, ainsi que les analyses de l'inspection du travail. Deux ressources sobres, mais qui recadrent bien les dérives que l'on voit trop souvent passer après coup.